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Dépense IA hors budget IT : qui la pilote vraiment dans votre groupe ?

Selon l’Applied AI Index 2026 du Boston Consulting Group, publié fin septembre auprès de plus de 1 300 dirigeants, environ 80 % de la dépense d’IA des entreprises se situe hors du budget informatique, et elle atteint 3,3 % du chiffre d’affaires. Un comité exécutif qui ne sait pas où se loge cette dépense ne peut ni la réduire, ni l’orienter, ni en mesurer les effets. Nous disons où elle se cache et ce que votre ComEx peut décider dès son prochain comité.

Un dimanche soir de septembre, Armelle, directrice administrative et financière d’un groupe de négoce de 1 164 personnes, a parcouru les relevés de cartes de l’entreprise pour une tout autre raison. Elle y a compté vingt-sept abonnements à des services d’IA, répartis sur neuf cartes, dont aucun ne figurait au budget informatique. Rien d’illégal, rien de caché : une dépense née dans les équipes, ajoutée une personne à la fois. Sa question, que votre comité exécutif n’a sans doute jamais posée à voix haute, tient en une ligne : qui, chez nous, tient le compte de l’IA ?

Une dépense qui a changé d’adresse sans changer de nom

L’Applied AI Index 2026 du Boston Consulting Group, paru le 30 septembre 2026, interroge plus de 1 300 dirigeants dans plus de vingt secteurs. Il établit que la dépense d’IA représente désormais 3,3 % du chiffre d’affaires des répondants, et que la plus grande part, environ 80 %, se situe en dehors du budget informatique de l’entreprise. Les relais de presse divergent légèrement sur ce pourcentage (« plus de 80 % » ici, « environ 80 % » là) : retenez l’ordre de grandeur, pas la décimale.

Le même index porte aussi un signal encourageant. Près de la moitié des organisations interrogées déclarent tirer une valeur significative de l’IA, contre 5 % dans l’édition 2025, rapporte Le Monde Informatique. Les deux faits se tiennent : la valeur augmente là où l’IA s’est installée dans les métiers, et la dépense a suivi le même chemin.

Les autres enquêtes de dirigeants rappellent que l’élan ne vaut pas preuve. Dans la 29e enquête mondiale de PwC auprès de 4 454 dirigeants dans 95 pays, présentée à Davos en janvier 2026 et relayée par Futura-Sciences, 56 % d’entre eux constatent que l’IA n’a ni augmenté leurs revenus ni réduit leurs coûts sur le dernier exercice. Seuls 12 % obtiennent les deux à la fois. Dans l’étude d’IBM auprès de 2 000 dirigeants de 33 pays, publiée en mai 2025 et relayée par le Blog du Modérateur, 64 % disent investir dans certaines technologies avant d’en comprendre l’apport, par crainte de prendre du retard.

Pourquoi aucun tableau de bord ne la montre en entier

Cette dépense se loge dans quatre endroits que votre contrôle de gestion ne regroupe pas. D’abord les abonnements pris par les équipes, sur cartes ou en notes de frais. Ensuite les options d’IA ajoutées aux licences de suites bureautiques et de logiciels métier, facturées sans ligne distincte. Puis la consommation de services techniques, imputée au projet qui l’appelle. Enfin les prestations de conseil ou de développement dont une part, de plus en plus importante, repose sur de l’IA sans que le devis le dise.

Armelle a retrouvé ses vingt-sept abonnements en croisant le nom de vingt éditeurs avec les relevés de cartes. Elle a mis deux jours à reconstituer ce que personne ne regardait en entier, parce que chaque direction voyait une petite ligne cohérente avec son propre budget. La somme n’existait nulle part.

Thibault, le directeur général du groupe, a d’abord répondu que « l’IA, c’est le sujet du DSI ». Le DSI, lui, ne voyait qu’une fraction du total : ce qui passait par ses contrats. Personne n’avait failli. La dépense suit les décisions des métiers, et les métiers ont raison de décider vite, mais cette vitesse ne laisse aucune trace consolidée.

Ce n’est pas un détail de comptabilité. Un budget que l’on ne voit pas ne peut être ni arbitré face à d’autres priorités, ni rapproché des gains qu’il produit. Notre analyse du coût d’exploitation de l’IA montre ce qui se passe ensuite : la ligne grossit au rythme de l’usage, et le plan stratégique n’en garde aucune trace.

« faire croitre ce qui compte vraiment »

Baseline Afervescence · Tania Gombert, fondatrice

Faire croître ce qui compte suppose de savoir ce que l’on y consacre. Une dépense dispersée finance tout, y compris ce qui ne compte pas.

Trois décisions pour reprendre la main sans freiner les métiers

Un compte rendu consolidé, tenu par la finance

La première décision confie à la direction financière une page trimestrielle : toute la dépense d’IA de l’entreprise, par nature et par direction. Sa première version sera imparfaite, et c’est acceptable. Elle part d’une liste de fournisseurs, de relevés de cartes et de contrats, et se corrige à chaque trimestre. Armelle a présenté la sienne au comité d’octobre avec une marge d’erreur annoncée, ce qui a suffi à ouvrir la discussion.

Un propriétaire de la valeur pour chaque cas d’usage

La deuxième décision nomme, pour chaque usage important, une personne qui répond du résultat attendu, et non de la facture. Le résultat se lit dans le compte de résultat ou dans un indicateur d’activité que la finance reconnaît. Cette règle répond directement au constat de l’enquête PwC : tant qu’aucun nom n’est associé au gain attendu, la dépense continue sans que l’on sache si elle rapporte.

Un seuil au-dessus duquel on se parle avant de signer

La troisième décision fixe un montant, propre à votre taille, au-delà duquel tout nouvel engagement d’IA passe par une revue courte entre le métier, la finance et la direction informatique. En dessous, la liberté reste entière. Un seuil bien placé évite la centralisation que redoutent les équipes et laisse au comité l’arbitrage de ce qui compte vraiment. Pour situer l’ensemble dans votre trajectoire, notre cadre sur l’écart entre stratégie et exécution en donne le contexte.

42 % contre 5 % : quand la dépense se met à décider

Le même index du Boston Consulting Group contient un chiffre qui devrait retenir votre comité plus longtemps que le reste. Selon ses résultats, 42 % des organisations s’attendent à donner à leurs agents d’IA un pouvoir de décision réel d’ici 2030, alors que 5 % seulement disposent aujourd’hui de l’ensemble des contrôles nécessaires pour le faire sans danger.

Pour un ComEx, la conséquence est directe : une dépense que personne ne consolide aujourd’hui pourrait demain engager des sommes ou modifier des conditions commerciales sans validation humaine. Armelle a posé la question à Thibault en des termes simples : à partir de quel montant un agent peut-il agir seul ? Le groupe n’avait pas de réponse, et il a fixé un plafond avant le premier déploiement. Le dispositif technique viendra ensuite, mais le plafond d’autonomie est une décision de direction générale. Si vous cherchez par où commencer, notre méthode d’audit IA d’une entreprise donne l’inventaire de départ, et la logique de transformation par étapes s’applique aussi aux grands groupes.

Votre prochain comité de direction n’a besoin que de trois choses : un chiffre unique, un nom en face, et le montant au-delà duquel on se parle avant de signer.

Questions fréquentes

Quelle part de la dépense d’IA échappe au budget informatique ?

Selon l’Applied AI Index 2026 du Boston Consulting Group, environ 80 % de la dépense d’IA des entreprises interrogées se situe hors du budget informatique. L’enquête porte sur plus de 1 300 dirigeants dans plus de vingt secteurs. Les relais de presse donnent « plus de 80 % » ou « environ 80 % » : l’ordre de grandeur est solide, la décimale ne l’est pas.

Comment identifier toute la dépense d’IA d’une entreprise ?

Partez de la liste des éditeurs et services d’IA que vos équipes utilisent, puis croisez-la avec les relevés de cartes, les notes de frais, les contrats de logiciels et les devis de prestataires. Une première version consolidée se construit en quelques jours. Elle sera incomplète, et vous la corrigerez chaque trimestre sans attendre un recensement parfait.

Qui doit piloter la dépense d’IA au sein du comité exécutif ?

La direction générale arbitre, la direction financière consolide, et chaque cas d’usage important a un propriétaire du résultat attendu, issu du métier. La direction informatique fixe le cadre technique et de sécurité, mais ne peut pas porter seule une dépense dont elle ne voit qu’une partie. Cette répartition évite que le sujet reste « celui du DSI ».

Faut-il centraliser tous les achats d’IA ?

Non, car une centralisation totale ralentit les métiers qui produisent la valeur. Un seuil de montant, fixé selon votre taille, suffit pour la plupart des entreprises : en dessous, les équipes décident, au-dessus, une revue courte réunit métier, finance et informatique. Le point essentiel est que toute dépense reste visible dans un compte rendu unique.

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