Une personne seule dans une immense salle de musée vide aux cimaises nues, un câble au sol, en noir et blanc, filet vert.

IA et culture : 62 actions sans budget, que peut faire un conseil ?

Le 24 septembre 2026, la Cour des comptes a constaté que la stratégie IA du ministère de la Culture alignait 62 actions sans hiérarchie, calendrier ni budget identifiable, et que les opérateurs avançaient à des vitesses très inégales. Une fondation ou une institution de taille modeste y lit son propre risque de décrochage. Un conseil d’administration peut agir dès son prochain ordre du jour : chiffrer, mutualiser, poser ses règles sur les données et sur les œuvres.

Basile, trésorier d’un centre d’art de 23 salariés, a lu la veille de son conseil le compte rendu de l’audit que la Cour des comptes vient de consacrer à l’IA au ministère de la Culture. Une expression l’a arrêté : le développement « à plusieurs vitesses » des opérateurs. Son centre n’est pas dans la voie rapide, et aucun administrateur n’a prononcé le mot « IA » depuis deux ans. L’audit concerne l’État, mais il décrit une situation que reconnaîtra tout conseil de fondation ou d’institution culturelle : beaucoup d’élan, peu de moyens fléchés. Nous détaillons ce qu’il établit et ce qu’un conseil peut en faire.

Soixante-deux actions, aucune échéance : ce que la Cour a constaté

Le 2 juillet 2025, le ministère de la Culture a publié sa stratégie pour l’IA : 62 actions réparties en cinq axes. Dans son audit flash, la Cour juge, comme le rapportent ActuIA et Actualitté, que ces actions n’ont ni hiérarchie, ni calendrier d’ensemble, ni financement identifiable. Elle y voit un document plus proche d’un inventaire que d’une feuille de route.

Le pilotage suit la même logique. Une direction de projet IA a été créée fin 2025, mais au moment du contrôle elle n’avait ni équipe, ni budget, ni autorité sur le service du numérique du ministère, selon IT for Business. Un rapport d’experts de 2023, « Regards culturels sur l’IA », et ses 22 préconisations n’ont, eux, jamais été rendus publics.

Le ministère a répondu le 28 juillet 2026 : une charte interne, un guide d’usage, un groupe de travail qui réunit chaque mois une cinquantaine d’opérateurs depuis mai. La Cour reconnaît le mouvement. Elle demande surtout une politique hiérarchisée, financée et mutualisée. Une précision de méthode : nous n’avons pas relu le texte intégral de l’audit, et les chiffres retenus ici sont ceux sur lesquels concordent plusieurs relais de presse spécialisée, dont ARTCENA.

Pourquoi l’écart se creuse entre une grande bibliothèque et un petit lieu

La Bibliothèque nationale de France déclare 7,65 millions d’euros de moyens spécifiques sur trois ans, dont 2,2 millions issus de France 2030. Le Centre national du livre, lui, n’avait au moment du contrôle ni ligne budgétaire dédiée à l’IA ni agent affecté. D’après ARTCENA, la BnF, l’INA, Radio France et France Télévisions disposent de feuilles de route structurées, tandis que les institutions patrimoniales et les établissements d’enseignement artistique en sont souvent à l’exploration.

Le financement public ne comble pas l’écart. L’appel à projets France 2030 « Transition numérique de la culture et appropriation de l’IA » offre un soutien ponctuel, de type amorçage, dans un montage complexe qui, selon la Cour, avantage les structures déjà bien équipées. Une petite équipe n’a pas le temps de monter un dossier pour un outil qu’elle ne sait pas encore décrire.

Chez Basile, la difficulté est plus prosaïque. La collection du centre compte 1 940 œuvres, décrites dans trois fichiers successifs aux formats différents. Aucun outil d’IA ne fera mieux qu’un catalogue qui se contredit. IT for Business relève le même verrou chez les petits opérateurs : référentiels de données absents, qualité inégale, accès difficile, avec à la clé un risque de doublons et de dépendance aux fournisseurs. Notre méthode d’audit IA d’une entreprise part du même constat : on commence par ce que l’on possède réellement.

« faire croitre ce qui compte vraiment »

Baseline Afervescence · Tania Gombert, fondatrice

Pour une institution culturelle, ce qui compte se nomme : une collection que l’on sait décrire, des équipes qui gardent la main sur leurs choix, des artistes dont on respecte le travail. Un plan d’IA qui ne protège pas ces trois choses ne fait croître que la dépendance.

Ce qu’un conseil peut décider à son prochain ordre du jour

Agnès dirige une fondation de mécénat patrimonial de 38 personnes. Elle a présenté à son conseil une liste de neuf usages possibles de l’IA, de la numérisation assistée à la rédaction des dossiers de subvention. Le président a posé une seule question : « Qui paie la deuxième année ? » Personne n’a su répondre, et la liste est restée sur la table.

Un conseil commence par donner un prix au plan. Une ligne budgétaire nommée, même modeste et plafonnée, distingue une stratégie d’un inventaire : sans elle, aucune des neuf idées d’Agnès n’a d’existence comptable. Demandez ensuite quelle part de cette ligne sert à préparer les données plutôt qu’à acheter des outils, car la Cour le montre, c’est là que les structures fragiles décrochent.

Il peut ensuite exiger de mutualiser avant de construire. Si le ministère travaille à une plateforme de services partagés, que la Cour qualifie de levier essentiel, une institution de taille moyenne a tout intérêt à rejoindre un groupe de pairs, un réseau professionnel ou un consortium plutôt qu’à développer seule. Un administrateur référent, mandaté pour un an et chargé de rendre compte au conseil, suffit à tenir ce fil. Si vous devez porter ce dossier devant votre conseil, la méthode du policy brief en quatre pages vous aidera à le formuler en une note que chaque administrateur lira.

Reste à fixer les règles de la maison : quelles données de l’institution et de ses artistes peuvent être confiées à un outil externe, quelles clauses vous exigez de vos fournisseurs, qui valide une production assistée avant publication. Ces choix appartiennent au conseil. Pour un autre secteur public où la gouvernance se joue sur les mêmes arguments, nous vous renvoyons à notre cartographie de l’IA en santé.

Le front des droits d’auteur reste ouvert, et il concerne aussi les financeurs

Une fondation qui soutient la création ne peut pas ignorer la question de la rémunération des auteurs. Selon The Media Leader, un rapport de la députée Céline Calvez, rendu public le 1er juillet 2026 avec 26 recommandations, propose une contribution financière obligatoire des fournisseurs d’IA, reversée aux auteurs par les sociétés de gestion collective. Aucun montant n’est estimé et une loi serait nécessaire. Nous ne prenons pas position ici : nous signalons que le sujet est instruit.

La Cour ouvre pour sa part une piste, selon Actualitté : préciser que certaines aides à la création pourraient continuer à privilégier les œuvres reposant sur une « contribution humaine identifiable ». C’est une suggestion, pas une règle, et un cadre de référence est en cours d’instruction. Un financeur privé n’est pas lié par cette piste, mais ses critères d’attribution seront lus à cette lumière. Mieux vaut décider de ce que vos règlements disent de l’IA avant qu’un candidat ne vous le demande.

Un budget se vote une fois par an, et celui de 2027 se prépare maintenant. C’est lui qui dira, au prochain audit, si votre conseil a décidé ou seulement constaté.

Questions fréquentes

Que reproche la Cour des comptes à la stratégie IA du ministère de la Culture ?

Selon les relais de son audit flash du 24 septembre 2026, la stratégie de 62 actions n’a ni hiérarchie, ni calendrier d’ensemble, ni budget identifiable. La Cour la juge plus proche d’un inventaire que d’une feuille de route, relève que la direction de projet IA manque de moyens et demande une révision dès 2026.

Pourquoi les petites institutions culturelles risquent-elles de décrocher ?

Les moyens se concentrent sur les opérateurs déjà structurés, comme la BnF, quand d’autres n’ont ni ligne budgétaire ni agent dédié. Les financements publics ponctuels avantagent les équipes déjà outillées, et les prérequis de données sont souvent absents. Sans mutualisation, ces structures risquent les doublons et la dépendance à leurs fournisseurs.

Un conseil d’administration doit-il voter un budget IA dédié ?

Rien ne l’y oblige, mais une ligne nommée et plafonnée rend le plan lisible. Elle permet de distinguer ce qui relève de la préparation des données, de l’outillage et de la formation. Sans ligne, les idées restent des intentions que personne ne peut financer ni évaluer à l’exercice suivant.

Les fondations qui financent la création doivent-elles écrire une règle sur l’IA ?

Le sujet est ouvert : la Cour évoque une piste sur la « contribution humaine identifiable », et un rapport parlementaire étudie une contribution des fournisseurs d’IA. Anticiper vaut mieux que subir. Faites relire toute règle par votre conseil juridique, car cet article ne constitue pas un avis de droit.

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